Régime alimentaire et lichen scléreux

Devons-nous adopter un régime alimentaire spécifique quand nous avons un lichen scléreux génital (LS) ?

Grande question, vaste question. Réponse très simple : non.

Par précaution, je précise que l’alimentation n’est pas une science exacte et ce n’est pas un domaine que tout le monde peut aborder. D’après la loi française, le diététicien est d’ailleurs le seul habilité à donner des « prescriptions alimentaires ». Avec le médecin nutritionniste ce sont les deux seules personnes formées pour vous donner des recommandations alimentaires.

Lichen scléreux et alimentation : les études scientifiques

Aucune étude n’a montré l’efficacité d’un régime alimentaire pour le lichen scléreux atrophique.

Ce qu’on trouve parfois c’est des régimes étudiés pour la vulvodynie (donc une pathologie différente du LS). Et l’une de ces études a conclu à l’inutilité des régimes en question.

Il existe aussi des questionnements sur la cystite interstitielle (des aliments irritants car acides ou épicés ou encore l’alcool et la caféine).

De ces études découlent donc parfois les conseils spécifiques au lichen scléreux donnés sur Internet. Pour autant, aucune de ces études ne portent spécifiquement sur le lichen scléreux atrophique.

Prudence est mère de sûreté

Je vous recommande la plus grande prudence à propos des régimes alimentaires surtout s’ils se targuent d’être spécifiques au lichen scléreux atrophique. Certains discours appellent à la méfiance rien que dans le texte. « Ce régime n’a aucun impact sur telle maladie » mais « vous pouvez quand même essayer ». Excusez-moi mais l’incohérence ne frappe que moi ?

C’est honteux de conseiller des régimes spécifiques qui peuvent conduire à des dérives alimentaires (notamment d’exclusion de certains groupes d’aliments et donc de minéraux biodisponibles) alors qu’il n’existe aucune preuve d’un effet bénéfique sur une maladie qui n’est même pas le lichen scléreux !

Je ne mentionnerai même pas le fait que certains régimes sont totalement contradictoires et que d’autres ne laissent comme possibilité de se nourrir que du foin et de l’eau. Déjà que notre vie avec le LS est compliquée, pourquoi se rajouter des contraintes alimentaires ?

Quant aux arguments : « puisqu’il n’y a pas de vrais traitements, alors autant essayer ». Ok, donc puisqu’il n’est écrit nulle part que sauter dans le vide aggrave les symptômes du lichen scléreux, on pourrait essayer ?

SVP, faites preuve de prudence quand vous lisez des témoignages de personnes qui disent qu’elles ont « guéri » du LS (on ne « guérit » pas du LS, il est en rémission plutôt) ou qui n’ont plus de symptômes avec un nouveau régime alimentaire. Que mangeaient-elles avant ? Il est impossible de même savoir si ce sont de vraies personnes derrières ! Sans parler du fait qu’encore une fois, elles auraient peut-être eu une amélioration de leurs symptômes sans changement alimentaire. On ne peut pas, dans un témoignage, pointer du doigt le facteur spécifique et exacte d’une rémission de la maladie. C’est impossible. C’est le même problème que pour les « traitements alternatifs » dont j’ai parlé dans l’article « Traitements » alternatifs : borax et aromathérapie.

Impact de l’alimentation sur notre lichen scléreux

Il semble compliqué d’établir un lien entre crise/poussée de LS et alimentation. Tout comme il semble difficile de faire une corrélation entre l’alimentation et l’apparition de symptômes. Si vous, personnellement, avez fini par établir un lien entre un aliment et vos symptômes, cela vous appartient, je ne vous l’enlève pas. J’établis simplement qu’il est impossible de faire un lien probant et donc d’appliquer ensuite des conseils à tout le monde.

Donc se demander si l’alimentation a déclenché notre lichen scléreux ou se demander si l’alimentation peut aider à réduire les symptômes du lichen scléreux, selon moi, cela revient à s’user les méninges pour rien.

Si, malgré tout, vous décidez d’entamer une modification de votre alimentation, respectez votre traitement en parallèle. On parle donc ici d’une aide complémentaire et accompagnée par des vrais experts de l’alimentation : diététicien compétent ou médecin nutritionniste. Svp, ne faites pas d’expérience en arrêtant votre traitement pour « voir si tous vos problèmes viennent de » tel aliment. Si l’alimentation vous aide, tant mieux ! Pas besoin de savoir si ça vient vraiment de l’alimentation à titre personnel.

Ce qui est vrai c’est que notre alimentation joue un rôle fondamental dans le bon fonctionnement du corps. Glucides, protéines, lipides, autant d’éléments essentiels pour que notre corps fasse tout son travail et nous permette de vivre notre vie. Une alimentation déséquilibrée est donc un facteur non pas aggravant du LS, mais tout simplement un pilier de votre vie en général qui serait ébranlé. Prenez bien en compte l’apport d’eau car l’hydratation se fait essentiellement par l’intérieur !

Par ailleurs, nous sommes nombreux sur notre groupe de soutien a avoir des troubles digestifs depuis de nombreuses années. Sans établir de lien avec le LS : pensez à vous en occuper. Consultez un gastro, un médecin nutritionniste ou un diététicien compétent. Sans parler de « régime alimentaire pour le lichen scléreux », il peut être judicieux de revoir son alimentation si elle est basée sur des plats tout prêts, des repas riches en graisses ou trop sucrés.

Régimes alimentaires pour les maladies auto-immunes

Même pour des maladies auto-immunes, il n’existe aucun régime alimentaire qui a fait ses preuves. Et le lichen scléreux n’est pas reconnu comme une maladie auto-immune mais possiblement auto-immune. Ce n’est pas encore avéré. Donc prenez avec des pincettes les « régimes » spécifiques à ces pathologies.

Certaines personnes remarquent que le lichen scléreux est plus calme quand elles évitent tel ou tel aliment. Je rappelle que vous ne pouvez pas savoir 1/ si c’est vrai 2/ si c’est le seul et unique facteur qui a calmé le LS de cette personne. Enfin, c’est souvent personnel, et donc pas valable pour tout le monde.

Quant aux régimes anti-inflammatoires : encore une fois, c’est à prendre avec des pincettes. L’inflammation du lichen scléreux est localisée à la vulve ou au pénis. C’est pour cela d’ailleurs qu’on ne trouve rien dans les prises de sang. L’inflammation n’est pas généralisée. Et il existe une multitude de régimes anti-inflammatoire. Aucun qui n’auraient fait de réelles preuves de son efficacité. Et on nous sort du chapeau que ce serait LE régime alimentaire pour le lichen scléreux ?

La question du gluten

Le régime sans gluten n’est indiqué que s’il y a une réelle intolérance au gluten : la maladie cœliaque. Elle se vérifie avec des prises de sang spécifiques et une coloscopie.

Rappelons que la maladie cœliaque est une maladie auto-immune. Elle est parfois associée au lichen scléreux. Aucune statistique n’est donnée et le terme « parfois » est donc tout à fait hasardeux. Il existe bien des études récentes sur un possible lien entre les deux maladies. Notamment, celle-ci. Mais ce ne sont que des études de cas (et peu nombreuses). Rien de probant.

Il existe aussi l’intolérance appelée « sensibilité au gluten ». Elle ne peut pas être diagnostiquée avec un test (ni sanguin ni autre). L’éviction du gluten est la seule solution pour vérifier qu’il n’y a pas de sensibilité. Cependant, il faudrait éviter de supprimer le gluten de l’alimentation dans ce cas. Le diminuer serait déjà plus judicieux. Il serait possible en effet de créer une « intolérance réactive » ensuite quand on reprend une alimentation avec gluten.

Supprimer le gluten de votre alimentation sans intolérance avérée est donc potentiellement néfaste pour la santé. À terme, peu de personnes arrivent à tenir ce régime. De plus, c’est un régime fastidieux et souvent mal menés. Rappelons que c’est un régime qui créé des carences dont souffrent les malades cœliaques. Cela demande un réel accompagnement par une personne compétente.

Cependant, si vous le souhaitez vous pouvez apprendre à varier : au lieu de manger pâte et pain au blé une à deux fois par jour, mangez varié. Mangez équilibré en fait 😉

L’intolérance au « lait »

L’intolérance ou l’allergie aux produits laitiers c’est un vrai fourre-tout. Il y a le lactose, la caséine et ça peut être une intolérance ou une allergie.

Avant de supprimer les produits laitiers de votre alimentation, vérifiez votre supposée intolérance avec un vrai test : un breath test. Aucun test sanguin n’est fiable pour l’intolérance au lactose.

Encore une fois, un ennemi pointé du doigt sans grand fondement la plupart du temps. Vérifiez avec un gastro-entérologue si vous êtes vraiment intolérant(e) au lactose avant de supprimer fromages, lait et yaourts de votre alimentation. Vous perdriez une source importante de minéraux qu’on ne sait généralement pas compenser.

Le sucre, grand ennemi du XXIè siècle

Par ailleurs, il est fait grand cas du « sucre ». Sachez que le « sucre » c’est des glucides et les glucides c’est un des ciments de notre corps et de son bon fonctionnement. À moins d’être accompagné(e) par un diététicien sérieux ou un médecin nutritionniste, ne supprimez pas les glucides de votre alimentation. Ce n’est vraiment pas une bonne idée – même temporairement.

Cependant, si vous êtes un « bec sucré », il peut être judicieux de limiter vos apports en desserts, biscuits et autres confiseries. Mais par forcément pour le lichen scléreux, plutôt pour votre santé en général.

Le sucre est souvent décrit comme plus addictif que des drogues et néfastes. Néanmoins, c’est beaucoup de bruit pour rien. Il suffit encore une fois de manger équilibré et tout se passera très bien.

Si vous êtes sujette, mesdames, aux mycoses vulvo-vaginales, on recommande souvent un régime sans sucre. Déjà, personnellement, je vous recommanderai de suivre un traitement approprié si vous avez des mycoses récidivantes. Donc évitez les produits de pharmacie et suivez la posologie des traitements prescrits. Ensuite, un régime si restrictif (il existe des variantes allant jusqu’à supprimer les fruits) conduit bien souvent à une reprise sur les chapeaux de roues avec comportement compulsif. Il suffit d’avoir une alimentation équilibrée avec une variété de sucres simples et complexes et basta ! Regardez mon article sur les mycoses, vous trouverez d’autres conseils bien plus simples à mettre en place (comme éviter le lavage excessif).

Et pour les enfants ?

Parents, ne vous amusez pas avec l’alimentation de votre enfant à moins d’avoir des allergies alimentaires ou des intolérances avérées.

Un enfant a des besoins très spécifiques pour sa croissance.

Néanmoins, encore une fois, les médecins et experts pointent souvent du doigt le sucre consommé en grande quantité (céréales au petit déjeuner, goûters sucrés, desserts). Il apparaît comme un coupable idéal dans certains problèmes de santé infantiles.

Mieux vaut diminuer les produits laitiers s’il se plaint de maux de ventre après le repas qu’à cause d’un diagnostic de lichen scléreux qui doit déjà bien l’embêter suffisamment.

Conclusion

Mangez équilibré, c’est le plus simple et c’est prouvé scientifiquement 😉 que ça aide votre corps à fonctionner normalement, à avoir de l’énergie, à maintenir votre système immunitaire, à tout en fait.

Et puis parce que c’est rigolo, je vous invite à lire la BD du Pharmachien. Bien que discutable, ces propos ont le mérite d’être drôles. Notamment, j’adore la nana qui a l’air d’être en train de mourir et qui dit « Depuis que j’ai coupé le gluten de mon alimentation, mes amies me disent que je suis resplendissante de vigueur et de santé ». Remplacez « gluten » par tout ce que vous voulez

Des régimes restrictifs sont risqués et conduisent parfois à des dérives comportementales ou à des carences. Mangez « sain » ça ne veut rien dire ». Protégez-vous de tous ces discours orthorexiques et mangez justement varié et normalement.

Les résultats semblent très aléatoires sauf en cas d’intolérance avérée. Cependant, d’une façon générale, il semble inutile d’ajouter les contraintes d’un régime d’exclusion d’aliments et donc de restriction alimentaire par-dessus les conséquences déjà parfois lourdes du lichen scléreux.

Quant aux régimes alimentaires divers et variés, ils pullulent depuis des décennies et guériraient tout et n’importe quoi. Le vrai cadeau que vous pouvez vous faire est de manger de façon équilibrée et de bien dormir. Préservez votre santé physique et mentale et prenez soin de vous !

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